Le problème rencontré avec les buses Bondtech pour le système INDX – réputées dures, mais manifestement pas assez – a officiellement retardé l'expédition des kits de conversion standards Prusa INDX pour la Core One+. En guise de compensation, Prusa s'est engagé à offrir des cadeaux matériels, dont la nature n'a pas encore été précisée, pour les achats concernés.
Les réseaux sociaux ont été le théâtre d’une vive agitation ces dernières semaines. La rumeur s’est répandue : l’édition Founder’s Edition du système Bondtech INDX cachait quelques zones d’ombre. En bref, l’INDX avait initialement été vendu comme extrêmement résistant à l’abrasion grâce à ses buses trempées. Or, les buses expédiées ne correspondaient pas à la description.
Pour résumer, Bondtech a annoncé en 2025 un système de changement d’outils de nouvelle génération. Celui-ci introduisait un extrudeur dynamique capable de saisir et de relâcher le filament latéralement. Il intégrait également un hotend interchangeable à chauffage inductif. Ce lancement a suscité un véritable engouement. C’était une sortie matérielle très attendue sur un marché des changeurs d’outils de plus en plus concurrentiel.
Fin 2025, Prusa Research a annoncé un partenariat avec Bondtech pour proposer l’INDX. Il s’agissait d’une mise à niveau officiellement prise en charge pour son imprimante 3D Core One+. Bondtech produirait le matériel. De son côté, Prusa s’occuperait des adaptations matérielles, du micrologiciel et des modifications logicielles. On a alors compris que l’INDX était le pari de Prusa sur un changeur d’outils moderne. En pratique, il remplaçait son unité multi-matériaux (MMU3) en tant que kit d’impression couleur pour ses machines de bureau classiques. (Le changeur d’outils de la Prusa XL existe toujours. Bien que nous l’appréciions beaucoup, il s’agit d’un monstre assez coûteux.)
En juillet dernier, après plusieurs retards, les unités de la Founder’s Edition ont enfin été expédiées. Ce lot de 1 000 unités, vendu par Bondtech, préfigurait les mises à niveau officielles de Prusa Research pour les utilisateurs de la Core One+. L’équipe All3DP s’est vu proposer une unité de test, mais nous avons décliné l’offre. Nous avons préféré attendre et tester le modèle final, qui sera produit en série ultérieurement. En effet, le matériel des unités de la Founder’s Edition diffère légèrement de celui qui sera livré plus tard dans le kit standard.
Il est facile de s’y perdre entre les rôles de chacun. Bondtech a conçu et breveté l’INDX, et se charge de sa fabrication. Dans le cadre de son partenariat avec Prusa, l’entreprise a vendu et expédié environ 1 000 exemplaires de la Founder’s Edition, compatible avec la Core One de Prusa. Parallèlement, Prusa propose un kit de mise à niveau INDX standard pour sa machine Core One+, vendu sur sa propre boutique en ligne. De son côté, Bondtech a également ouvert récemment les commandes pour un lot de kits de développement : des unités INDX universelles, adaptables à toutes les imprimantes.
Le 3 juillet, l’article « État de l’INDX » publié sur le blog de Prusa annonçait que les unités de la Founder’s Edition étaient déjà dans la nature. Le billet indiquait aussi que les kits standards devaient quitter l’usine avant la fin du mois.
Deux semaines plus tard, des captures d’écran ont commencé à circuler. Elles montraient des descriptions de produits modifiées sur le site de Bondtech. La mention stipulant que les buses de l’INDX étaient « trempées » avait été supprimée. Des accusations de « publicité mensongère » ont alors fusé. Des extraits de messages du service client de l’entreprise ont été partagés, admettant que Bondtech n’avait pas réussi à produire une buse trempée offrant les performances promises.
Les buses fournies avec les unités de la Founder’s Edition (et bientôt celles des kits INDX réguliers de Prusa) sont en fait en « acier nitrocarburé ». Elles ont subi un traitement de surface, mais ce ne sont pas des buses en acier « trempé » comme on l’entend habituellement. L’entreprise l’a confirmé dans un communiqué publié le 29 juillet. Elle a expliqué qu’elle avait l’intention de produire des buses conformes aux performances annoncées pour l’INDX. Cependant, n’ayant pas atteint cet objectif, elle a commis l’erreur de ne pas en informer ses clients.
Selon les données publiées par Bondtech, les pièces expédiées affichent une dureté comprise entre 30 et 32 sur l’échelle de Rockwell (HRC). Pour l’acier véritablement trempé, cette valeur se situe plutôt entre 55 et 60. Une buse avec un traitement de surface se comporte comme une buse trempée uniquement jusqu’à ce que son revêtement s’use. Et cette usure, semble-t-il, survient très rapidement. Les nouvelles recommandations de Bondtech excluent de fait les filaments chargés de fibres de verre, de fibres de carbone, de particules métalliques et ceux qui brillent dans le noir.
La communication de Prusa à ce sujet est mitigée, confirmant toutefois le manque de résistance à l’abrasion. Le problème est particulièrement flagrant avec le filament PLA Ultraglow, extrêmement abrasif. L’entreprise affirme que seulement 100 g de ce matériau suffisent à ruiner une buse. En revanche, elle a constaté « peu ou pas d’usure » sur plusieurs machines ayant imprimé 5 kg de PETG-CF. Désormais, il est primordial pour les propriétaires concernés de bien évaluer l’abrasivité des matériaux qu’ils utilisent.
Que compte faire Bondtech (et par extension Prusa) ? La dernière communication officielle de Bondtech est son article de blog du 29 juillet. Il se termine par une évaluation très franche de la situation : l’entreprise ne sait pas encore exactement comment résoudre ce problème.
Elle s’explique ainsi : « Nous tenons à être honnêtes avec vous : à l’heure actuelle, nous n’avons pas de solution concrète. Nous ne promettrons pas de dates ni de prix que nous ne pouvons pas tenir. » Elle ajoute : « une véritable buse INDX en acier trempé est encore loin d’une production en série ». Cela dit, même les buses standards pourraient créer des goulots d’étranglement. Prusa a reconnu dans un communiqué que l’approvisionnement en buses est actuellement ralenti.
Bondtech précise que « renvoyer l’INDX pour obtenir un remboursement reste, bien sûr, une option ». Cependant, la solution privilégiée par l’entreprise est que les utilisateurs conservent leur système INDX. Ils pourront ainsi profiter plus tard des performances optimales avec les futures buses trempées. Or, ce choix pénalise les utilisateurs : ceux qui ont déjà installé leur kit et qui souhaitent être remboursés devront défaire les 5 à 6 heures de montage complexe qu’a exigé l’installation. Et le temps passé à l’installation n’est bien évidemment pas couvert par les remboursements.
De son côté, Prusa précise l’offre proposée à ceux qui ont commandé le kit de mise à niveau INDX standard pour la Core One+. Envoyée par e-mail aux clients concernés et postée le 31 juillet sur le subreddit r/Prusa3D pour archive, cette offre explique :
Ce que signifie exactement ce « matériel supplémentaire » dans ce contexte reste très flou. Si les buses viennent déjà à manquer pendant que Bondtech peine à en fabriquer, proposer des buses supplémentaires en guise de compensation ne fera que retarder davantage la livraison des autres commandes de kits de mise à niveau INDX.
La situation a placé Bondtech sous le feu des projecteurs, de manière très inconfortable, et a mis en lumière un étrange décalage entre les deux entreprises. Pour un produit aussi essentiel à ses machines que l’INDX, Prusa semble avoir été prise totalement au dépourvu par ce « nozzlegate ».
Quoi qu’il advienne concernant les buses fabriquées par Bondtech, il ne faudra peut-être pas attendre longtemps avant de voir émerger d’autres solutions. E3D pourrait bien avoir trouvé la parade, en annonçant collaborer avec Bondtech pour produire des buses estampillées E3D pour le système INDX.
Licence : Le texte de l'article "Prusa INDX : les expéditions du kit retardées jusqu’en août" écrit par All3DP est publié sous la licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).