L'impression UV a passé des décennies dans les ateliers d'enseignes, les imprimeries et les usines. Aujourd'hui, cette technologie se miniaturise pour passer au format de bureau. L'arrivée de Bambu Lab pourrait bien accélérer cette transformation. Un équipement autrefois très spécialisé est en passe de devenir un outil de plus pour les makers.
D’abord les imprimantes 3D, puis la gravure laser, et maintenant l’impression UV. Les ambitions de Bambu Lab s’étendent clairement à tout l’atelier des makers.
Bambu Lab a confirmé à All3DP le développement d’un projet d’imprimante UV destinée au grand public.
« Lorsque nous avons fondé Bambu Lab, notre vision allait bien au-delà du développement d’un seul type de machine. Notre objectif était de créer un véritable centre de fabrication personnel », a déclaré Nadia Yaakoubi, responsable des relations publiques et de la communication de Bambu Lab. « Cette vision est restée inchangée depuis le lancement de la X1C. Ce qui est devenu plus clair et plus affiné, c’est notre compréhension de ce marché mal desservi. C’est ce raisonnement qui sous-tend notre récente expansion vers les gammes de produits laser et UV. »

Pour quiconque vient du monde de l’impression 3D, la catégorie UV peut sembler étonnamment obscure. Les imprimantes UV apparaissent rarement dans les magasins d’électronique ou les bureaux à domicile ordinaires. Pourtant, elles sont bien établies dans l’impression commerciale. Dans ce secteur, des entreprises comme Mimaki, Roland DG, Epson, Canon, Fujifilm, Mutoh, Agfa et swissQprint vendent des systèmes UV depuis des années.
Ce qui change, c’est l’échelle.
La technologie, autrefois réservée aux imprimeries et aux usines, devient plus petite, plus abordable et de plus en plus automatisée. Elle attire désormais les créateurs, les petites entreprises artisanales, les makerspaces et les passionnés. Bambu Lab arrive peut-être au moment précis où l’impression UV est prête à connaître le même essor grand public que l’impression 3D.

Nous avons déjà parlé de plusieurs de ces machines ici sur All3DP. On peut citer notamment la surprenante EufyMaker E1, qui a récolté 45 millions de dollars sur Kickstarter l’année dernière grâce à plus de 17 000 contributeurs.
La description la plus simple d’une imprimante UV est qu’il s’agit d’une imprimante à jet d’encre. Elle imprime directement sur un objet ou un matériau et durcit l’encre à l’aide d’une lumière ultraviolette.
L’impression UV s’apparente à l’impression 3D résine que l’on aurait aplatie. Dans une imprimante 3D résine, la lumière UV durcit des couches de résine photopolymère pour construire un objet en trois dimensions. Dans une imprimante UV, en revanche, des gouttelettes microscopiques d’encre polymérisable aux UV sont projetées sur la surface d’un objet existant et durcies sur place. Le résultat est une couche de couleur fine et durable plutôt qu’une pièce autoportante, bien que des passages répétés puissent accumuler de la matière jusqu’à quelques millimètres. Les imprimantes UV peuvent appliquer des motifs sur des surfaces, comme des t-shirts, et fabriquer des objets fins comme des sous-verres.
Une imprimante UV à plat classique, selon ses capacités, peut imprimer un motif sur de l’acrylique, du bois, du verre, du métal, de la céramique, du cuir, du tissu enduit, du plastique, du carton mousse, du matériel de signalisation ou un objet déjà fabriqué comme une coque de téléphone.
Les accessoires élargissent encore les possibilités des imprimantes UV. Les modules rotatifs permettent d’imprimer autour des bouteilles et des gobelets. Il existe également une option d’impression directe sur film (direct-to-film) pour transférer des motifs sur un autre objet. Il est ainsi possible de décorer des formes qui ne peuvent pas être simplement placées sous une tête d’impression à plat.
Le résultat est une technologie à mi-chemin entre une imprimante à jet d’encre ordinaire, une imprimante 3D, un traceur de découpe vinyle et un graveur laser. Ce croisement explique précisément pourquoi Bambu Lab pourrait s’y intéresser.

Sur le marché commercial, la technologie d’impression UV est parfaitement établie. Historiquement, ce qui séparait les machines professionnelles de cette nouvelle génération d’imprimantes de bureau ne se limitait pas à leur taille. La différence résidait aussi dans le prix, le flux de travail, la charge de maintenance et le public visé.
Pourtant, même les modèles dits « d’entrée de gamme » s’adressaient traditionnellement aux entreprises d’impression. Par exemple, lorsque Epson a lancé sa première imprimante UV à plat de bureau, la SureColor V1070, en 2024, son prix de lancement était de environ 7 300 €. Epson l’a spécifiquement présentée comme une option à moindre coût pour les petites entreprises, les vendeurs en ligne, les marchés de makers et les entreprises à domicile. La BD-8 compacte de Roland DG est arrivée la même année. Elle ciblait également les entreprises à domicile, les petits bureaux, les points de vente et les nouveaux utilisateurs de la technologie UV.
Puis est arrivée EufyMake, avec un prix de départ de environ 2 020 €. Son modèle E1 a considérablement rapproché ce concept du matériel grand public. La machine a introduit une enceinte de bureau, un positionnement automatisé et des fonctions d’autonettoyage. À cela s’ajoutent l’impression rotative en option, l’équipement UV DTF, ainsi qu’un écosystème de logiciels et de modèles pensé pour le grand public.
Bambu Lab n’entre pas sur un marché vide. Ces dernières années, un nouveau groupe d’imprimantes UV a fait son apparition, spécialement conçu pour les makers, les créateurs, les entreprises à domicile et les petits ateliers. L’une d’entre elles, la Morpho, a d’ailleurs été lancée la semaine dernière. Fait marquant, plusieurs des entreprises derrière ces machines sont déjà des noms familiers dans les domaines de l’impression 3D de bureau et de la découpe laser.
xTool, déjà bien connue pour ses découpeuses laser de bureau, a lancé sa première imprimante UV en juillet : la O1 Omni Printer. Selon la configuration, la O1 associe l’impression UV directe à l’UV DTF et à l’impression directe sur textile (DTG). Son système UV peut imprimer sur l’acrylique, le bois, le verre et le métal. Des accessoires étendent également ses capacités aux objets cylindriques et aux flux de travail sur film de transfert. Proposée à partir de 1 549 € , la O1 est actuellement en précommande. xTool devient ainsi l’une des toutes nouvelles marques de matériel pour makers à s’engager dans cette catégorie.
Longer, une autre entreprise issue de l’impression 3D abordable et de la découpe laser, a suivi une voie similaire avec son ePrint. Cette machine de bureau utilise deux têtes d’impression et 12 canaux d’encre. Elle combine l’impression UV classique avec les flux de travail UV DTF, DTF et DTG. Son plateau à plat accueille des objets mesurant jusqu’à 310 × 420 mm. Longer l’a délibérément positionnée comme un équipement destiné aux entreprises de personnalisation plutôt qu’aux imprimeries traditionnelles. La ePrint est actuellement affichée au prix de environ 2 140 €. Les premières expéditions sont prévues pour fin août 2026.

HeyGears adopte sans doute l’approche la plus atypique avec sa série G1. Cette machine se situe exactement à la croisée de l’impression UV et de l’impression 3D. Sa campagne Kickstarter, qui a déjà récolté plus de 12 millions de dollars, a encore quelques semaines devant elle. En mode UV normal, la machine dispose d’un plateau à plat de 420 × 330 mm et d’un système d’encre à huit canaux. Elle permet de réaliser des impressions graphiques classiques et des textures en relief. Le modèle haut de gamme G1X va encore plus loin. Il utilise la technologie de projection de matière (Material Jetting) et des résines photopolymères spécifiques pour créer des objets 3D en couleur avec un matériau de support soluble. Cela en fait moins une imprimante UV à plat classique qu’un hybride entre une imprimante UV et une imprimante 3D couleur à projection de matière. Elle s’avère donc particulièrement pertinente pour un public déjà familier avec la fabrication additive.

EufyMake est actuellement l’un des exemples les plus flagrants de l’impression UV repensée comme un outil maker grand public. Son modèle E1 possède un plateau à plat de 330 × 420 mm et peut imprimer en CMJN, blanc et vernis, y compris avec des textures en relief allant jusqu’à 5 mm. Des modules optionnels ajoutent l’impression rotative et les transferts UV DTF. Le positionnement automatisé et le système d’encre autonettoyant visent à supprimer une partie des réglages et de la maintenance traditionnellement liés aux imprimantes UV. La E1 est actuellement proposée à partir d’environ 2 400 € en Europe. Ce prix la rapproche bien plus du matériel maker haut de gamme que des équipements d’impression commerciale classiques.
Procolored vend des imprimantes UV relativement compactes depuis plus longtemps que la plupart des nouvelles marques pour makers, mais n’a pas pour autant baissé ses prix. Sa gamme de machines A5, A4, A3 et de plus grands formats reste dans une fourchette allant de 2 000 € à 5 000 €. La V6 Panda est son dernier modèle de bureau A4. Elle imprime directement sur des objets tels que des coques de téléphone, de l’acrylique, du cuir, des panneaux et de petits produits promotionnels, acceptant des objets jusqu’à 110 mm de hauteur. Les machines de Procolored démontrent que des imprimantes UV relativement petites et abordables existaient déjà avant la vague actuelle. Toutefois, leur flux de travail et leur design ont toujours été plus proches des équipements d’impression pour petites entreprises que des appareils grand public au design soigné.

Morpho est un autre nouvel acteur ciblant l’impression UV grand public et pour petites entreprises avec sa Morpho Desktop UV Printer, actuellement proposée sur Kickstarter. Cette machine fermée utilise des caméras, la numérisation à lumière structurée et la détection automatique de hauteur pour positionner les objets. En parallèle, son système d’encre rechargeable prend en charge le CMJN, le blanc et le vernis. Morpho met également l’accent sur un fonctionnement nécessitant peu de maintenance. La machine intègre une circulation de l’encre blanche, une compensation des buses et des fonctions de nettoyage automatisé. Le modèle Pro est équipé d’une tête d’impression Epson i3200 à huit canaux et peut créer des textures en relief allant jusqu’à 60 mm. Sur Kickstarter, les prix commencent à 1 540 € pour le modèle standard et 2 570 € pour le Pro.
L’arrivée de Bambu Lab ajoute un autre acteur majeur du matériel pour makers à une catégorie qui, soudainement, en attire un nombre surprenant. EufyMake, xTool, Longer, HeyGears, et maintenant Bambu Lab, sont tous arrivés à peu près à la même conclusion : l’impression UV est peut-être prête à intégrer la boîte à outils de fabrication de bureau.

L’importance de Bambu ne réside pas dans l’invention d’une nouvelle méthode de coloration d’objets. Son véritable atout est ailleurs. L’entreprise a déjà prouvé sa capacité à transformer des équipements de fabrication techniquement exigeants en appareils aussi simples à utiliser que de l’électroménager.
Selon le cabinet d’études de marché Context, Bambu Lab a représenté 37 % des expéditions mondiales d’imprimantes 3D d’entrée de gamme en 2025. Elle a ainsi pris la tête de la catégorie des machines à moins de 2 500 $. Au premier trimestre 2026, elle a conservé sa place de leader mondial en parts de marché. Context a également décrit un « effet Bambu » plus large. Ce phénomène montre comment des machines d’entrée de gamme performantes ont détourné les utilisateurs des imprimantes FDM professionnelles, pourtant beaucoup plus chères.
C’est précisément ce précédent que les fabricants d’imprimantes UV devraient surveiller de près.
Bambu n’a pas réinventé la fabrication par dépôt de fil fondu (FDM). En revanche, l’entreprise a combiné vitesse, automatisation, impression multi-matériaux et calibrage. Elle a également proposé une intégration logicielle et un matériel soigné dans des proportions inédites. Cette approche a forcé une grande partie du marché établi des imprimantes 3D grand public à réagir.
Actuellement, l’impression UV présente bon nombre des mêmes points de friction que l’impression 3D de bureau a connus par le passé. Des points qui, à certains égards, subsistent encore.
L’encre nécessite une manipulation prudente et les têtes d’impression peuvent se boucher. Le pigment blanc peut se déposer et requiert une circulation constante. Différents matériaux ont des caractéristiques d’adhérence distinctes, nécessitant parfois l’application d’un apprêt (primer). De plus, la distance entre la tête d’impression et l’objet est un facteur crucial. Historiquement, l’entretien de ces machines nécessitait un opérateur techniquement expérimenté.
Même les recrutements de Bambu en disent long sur le sujet.
Selon le 21st Century Business Herald et 36Kr, Bambu constitue actuellement une équipe couvrant plus de dix domaines de développement. On y trouve l’électronique de commande des têtes d’impression, le contrôle des ondes d’éjection, l’ingénierie des circuits d’encre, la validation des matériaux et l’intégration logicielle. Les premiers postes ouverts incluraient des spécialistes de l’impression UV et des ingénieurs FPGA. Des ingénieurs en contrôle de jet d’encre et des ingénieurs mécaniques travaillant sur les systèmes de distribution d’encre seraient également recherchés.
En d’autres termes, le problème que Bambu semble vouloir résoudre ne se limite pas à « fabriquer une imprimante UV moins chère ».
Il existe une autre raison pour laquelle l’impression UV a toute sa place dans le monde des makers : elle résout un problème que les autres outils de fabrication numérique ne parviennent généralement pas à régler.
Une imprimante 3D fabrique l’objet. Une découpeuse laser le façonne ou le grave. Une machine CNC l’usine. Cependant, aucun de ces outils n’est particulièrement adapté pour appliquer un motif graphique en couleur de qualité photographique directement sur la surface finie.
EufyMake affirme que cette lacune a été l’une des motivations derrière le développement de la E1. L’équipe a constaté que les makers utilisaient des imprimantes 3D, des découpeuses laser et des outils de menuiserie sans disposer d’un moyen accessible d’ajouter des couleurs et des graphismes professionnels à leurs créations. En combinant ces technologies, les makers peuvent imprimer des objets, les placer dans leur imprimante UV et y appliquer des motifs en couleur.
Cette logique s’applique avec encore plus de force à Bambu Lab. Après tout, ses clients fabriquent déjà des objets chez eux.
Si Bambu parvient à réduire le coût d’une imprimante UV performante tout en automatisant la configuration et la maintenance, elle pourrait séduire les clients actuels du marché UV professionnel. Elle l’a d’ailleurs déjà fait avec certains fabricants utilisant l’impression 3D. De plus, la marque pourrait attirer une toute nouvelle clientèle, qui n’aurait jamais envisagé de posséder une imprimante UV auparavant.
Pour l’instant, cependant, presque tout reste à découvrir concernant l’imprimante UV de Bambu Lab. Aucune annonce n’a été faite concernant la surface d’impression, la configuration de l’encre ou la tête d’impression. On ignore également le prix ou la date de sortie. Il est difficile de savoir si l’entreprise optera pour un plateau à plat classique ou si elle mettra l’accent sur l’impression cylindrique. Elle pourrait proposer des transferts UV DTF, privilégier l’impression en relief, ou encore tenter de combiner plusieurs de ces fonctions.
Quoi qu’il arrive, la prochaine machine à prendre place aux côtés d’une imprimante 3D et d’une découpeuse laser dans un atelier de particulier pourrait bien ne pas fabriquer d’objet du tout. Elle se contentera peut-être de lui donner des couleurs.
Licence : Le texte de l'article "Qu’est-ce qu’une imprimante UV et pourquoi Bambu Lab en fabrique-t-elle une ?" écrit par All3DP est publié sous la licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).